#Sunudébat, une grossesse précoce pour la Démocratie


La twittosphère (la sphère de Twitter) sénégalaise exige un débat entre les candidats à la Présidentielle de février prochain. Une revendication relayée partout et qui a fait la Une du web de grands médias internationaux. C’est louable. Bravo !

Néanmoins, à mon humble avis, c’est une initiative qui reste prématurée pour une jeune Démocratie comme la nôtre. Notre pays n’a pas la maturité politique des pays où la Démocratie est Reine , pour se lancer dans de pareils débats.

Le proxénétisme des politiques souille les valeurs de la jeune Démocratie à travers les rares débats respectables qu’on voit sur certaines télés de la place. Le plus souvent, des confrontations entre politiques finissent en rixe digne de Harlem. Ne cherchez pas loin, les députés nous ont habitué à ce spectacle.

Pousser les candidats à faire un débat télévisé, alors qu’ils ne sont pas prêts pour le faire, risquerait d’engendrer une grossesse indésirée. Ni les politiques, ni l’opinion publique, ni les électeurs ne sont matures pour passer à l’acte.

Des chiffres et des lettres

Un #Sunudébat digne de ce qui se fait ailleurs mériterait un échange basé sur des arguments chiffrés. C’est ce qui manque à nos politiques qu’ils soient de l’opposition ou du régime en place.

Le candidat Macky Sall, Président sortant, nous pulvérisera de chiffres, quoi de plus normal après 7 ans passés au pouvoir. Il serait le plus à l’aise dans ce jeu des chiffres et des lettres. Oui, pour les lettres il ne manque pas d’acronymes : PSE, PUDC, PROMOVILLES, PUMA, TER, AIBD, ARENA … Je m’en arrête là !

Celui qui semble avoir la manie des chiffres puisque ancien inspecteur des impôts, Sonko, ne se limite qu’à la fiscalité et les questions de Pétro-gaz. Sur cette thématique, il a de quoi chauffer le #Sunudébat et peut envoyer ses adversaires au tapis. Mais attention, la supposée « affaire Tollow Oil » risque de faire tache d’huile.

Les autres candidats, Idy, Madické, seront eux, des comptables de l’histoire politique. Ils feront des comparaisons entre les bilans de WADE et son successeur. Aucune valeur ajoutée.

Et ce scénario serait l’idéal. Nous le savons. La plupart de nos débats politiques virent très vite en échanges stériles, marqués par des polémiques et des provocations à faire rougir l’autre. L’objectif n’est plus de convaincre mais de destabiliser son vis-à-vis. On veut le pousser vers les cordes et l’assommer avec des invectives personnelles afin de montrer à tous qu’il ne vaut rien.

Or ce sont leurs programmes qui nous intéressent. Le régime sortant parlera de son bilan et mettra en avant la nécessaire continuité des actions entreprises. L’opposition parlera de coûts exorbitants et d’attribution de nos marchés publics aux étrangers. Du « toujours vu » pour ne pas dire « déjà vu » !

Prostitution électorale

Face à la libido intellectuelle de certains compatriotes, surtout des influenceurs sur les réseaux sociaux, il faut confronter le #Sunudébat à notre infertilité politique.

Le sénégalais n’a pas une éducation politique ni un engagement citoyen. On s’en fout de ce que dit la personne, on a les yeux braqués sur ses poches. On se fie plus à la rapidité à décaisser de l’argent de son interlocuteur qu’à son esprit alerte.

Il faut reconnaître que les sénégalais se prostituent lors des élections. On marchande son vote. Le bulletin sera le butin du plus offrant. Pourquoi alors débattre quand les dés sont déjà jetés ?

Et ceux qui nous gavent de livres-programmes ou qui tiennent des Show avec la Presse et autres nouveaux concepts de persuasion, n’ont rien compris.

L’intelegencia n’élit pas un Président. Ceux dont les bulletins de vote font la différence sont dans l’hinterland du Sénégal. Ils sont majoritairement analphabètes.

Quoi de plus bête d’écrire ou de discourir en langue étrangère et de se cantonner à Dakar ou pire sur Facebook, Twitter ou Instagram.

Ceux là ne votent pas pour un programme mais plutôt pour ce visage reconnu ou la couleur du bulletin indentifiée. Ce n’est pas nouveau. Depuis Senghor, les sénégalais votent pour le candidat pas pour ce qu’il compte faire du pays.

En définitive, les candidats qui tomberont sous le charme de l’électorat des réseaux sociaux puis se lanceront dans un débat, entre rivaux à armes inégales, risqueraient de tomber en disgrâce.

Après tout, il y a toujours un début à toute chose !

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