Gorée, le mémorial de la honte, baptise la place de l’Europe !


Au XXe siècle, Aimé Césaire proclamait : « le bon Nègre est mort ». C’est à la suite de ce cri d’indignation que l’amertume césairien tel un volcan, éclate dès le prologue de ce chef d’œuvre que désigne le <<Cahier d’un retour au pays natal >>. Ainsi, on pouvait entendre : << Au bout du petit matin… Va-t-en, lui disais-je, gueule de flic, gueule de vache, va-t-en je déteste les larbins de l’ordre et les hannetons de l’espérance. Va-t-en mauvais gris- gris, punaise de moinillon…>>

Dans ce fragment de poème, Césaire nous enseigne que la prise de conscience arbore ici la métaphore du petit matin qui chasse les ténèbres et stimule une clairvoyance permettant au nègre d’identifier une réalité morose, laide, pourrie, catastrophique et qui infeste l’atmosphère d’une odeur nauséabonde. A cet effet, le rejet s’impose par le fait de haïr, de repousser, de dédaigner. Ce dédain chercherait à flageller cette face hybride qui porte les masques de l’ancien esclavagiste, sublimé par la suite en un colonisateur.

Voilà les attributs de la terreur qui, pendant quatre siècles ont teinté et parsemé notre histoire de souffrances, d’atroces douleurs et d’éternelles plaies.

Aujourd’hui, bientôt un siècle après ce sursaut de conscience césairien, voilà que le bon nègre est ressuscité, vêtu d’on ne sait quelle bêtise, quelle bassesse, quel complexe. Et nous avons envie de lui rappeler que nous sommes ceux qu’on traqua, ceux qu’on parqua et marqua au fer. Nous sommes ceux qu’on esclavagisa, ceux qu’on humilia et monnaya pendant plusieurs siècles. Nous sommes ceux pour qui, l’humanité et la science devraient s’arrêter aux frontières de la Négritude. Et tout ça nous avons, aujourd’hui, assumé, nous avons accepté pas pour cautionner ou pour saluer mais pour chercher plutôt à regarder résolument de face un passé taré et espérer panser les blessures du temps.

Qu’il est donc absurde et aberrant de voir notre conscience historique insultée encore à Gorée, l’île de l’horreur, de la tragédie où s’est réalisé le plus grand génocide de l’histoire contre une race au sang si longtemps minimisé: la place de l’Europe est née. Quelle honte ! Quelle petitesse !

Qu’est-ce qui arrive à notre personnalité raciale au point de vouloir raviver cet éternelle humiliation qui, depuis le XV siècle, arbore les avatars de la maison des esclaves ? A quoi nous sert notre conscience retrouvée ? Pourquoi vouloir édifier davantage les symboles d’un trauma qui entache notre dignité raciale ?

Face à cette problématique, source d’indignation de tout un peuple sorti de la nuit, il y’a de quoi avoir peur. Avoir peur lorsque la douloureuse tragédie de l’esclavage se sublime en un nouveau complexe d’infériorité qui hanterait le spectre de tous ces esclaves ayant traversé la porte du sans retour pour atterrir, telles de sordides produits, au marché des enchères humaines. Avoir mal quand la postérité se saborde de sorte à décider d’insulter sa propre dignité et les mémoires guerrières des héros comme Langhston Hughes, Marcus Gavey, le Père Dubois, Aimé Césaire…

Oui, avoir mal lorsqu’on voit déterrer par notre complexe de peuple qui se voudrait mineur, les débris et séquelles du plus grand syndrome historico-racial dans cette île de la honte qui, tristement et étonnamment, baptise aujourd’hui la place de l’Europe.

Entendez ainsi la voix de Sédar qui raisonne dans les « Hosties Noires »: << Je déchirerai les rires bananias sur tous les murs de France >> dans cette Europe qui enterre le levain des Nations et l’espoir des races nouvelles.

Et moi, je perçois encore les échos de l’horreur et tente de faire taire les sanglots d’une conscience abasourdie et violée. Alors, je joins mes deux mains à mon visage et prie qu’il se produise dans un futur proche, une insurrection de tous les fils d’esclaves que nous sommes afin que se brûle et que se détruise la maison des esclaves.

Que tous les symboles de ce passé d’hécatombe soient renversés et saccagés. Que notre dignité en soit restaurer et notre conscience, à jamais, apaisée !

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