An 6 de la seconde alternance : Regard sur une spirale politique !


Le Parti avant la Patrie !

Tout était allé trop vite et les sénégalais, pris par l’impression d’institutions désacralisées, répondirent au Président WADE par des manifestations spontanées qui vont rapidement prendre des proportions d’émeutes. Dans ce contexte de haute tension politique, la date historique du 23 Juin 2011 marque le déclic à partir duquel tout allait basculé, on était dans l’antichambre de la présidentielle de 2012. Le pouvoir, décidément, avait mesuré la portée de la menace populaire. Au soir du scrutin, notre histoire politique se réécrivait à grandes encres et le nom de Macky SALL qui y apparut par excellence posa les véritables jalons d’une révolution politique. Un vent nouveau venait de souffler sur la saga d’une République des tropiques.

Les attentes étaient de taille, en connivence avec le sursaut collectif d’une nouvelle conscience citoyenne. On est allé jusqu’à parler de NTS ( nouveau type de sénégalais). Ceux là qui se sont faits sentinelles, avant-gardistes et pionniers véritables de la Démocratie. Conscient de cette attitude veilleuse, le Président Macky SALL, qui nous survint après les indépendances, s’en va à la drague d’un peuple sous couvert d’une société civile dont la maturité démocratique avait fini par rendre tranchant et redoutable, l’engagement et la contestation.

Ainsi, comme dans une opération de charme politique, une vague de slogans et de programmes fut confectionnée pour fortifier et installer confortablement le nouveau homme fort du pays au sommet de l’État. De sa déclaration du Radisson Blu qui officialise son entrée dans l’histoire des chefs d’États sénégalais, on pouvait entendre : << Je serai le Président de tous les sénégalais >>, ce qui, en filigrane, revient à dire que nous étions à la fin de l’impunité. Cela apparaît d’ailleurs de façon beaucoup plus clair avec la phrase suivante : << Je ne protégerai personne >>. Dans cette même veine, l’on se rappelle toujours de cette profession de foi politique en ces termes : << La patrie avant le parti >> ou encore cette audace inspirée par je ne sais quel conseiller politique : << Les marabouts sont des citoyens ordinaires>>. C’est dans ce contexte de haute séduction politique qui en cachait à bien des égards une vengeance sur des ennemis identifiés, que la CREI, plus grosse entorse qu’on ait fait subir au droit, fut déterrée et ressuscitée.

Si certains observateurs étaient assez rassurés par ce pacte politique nouveau, il n’en demeure pas moins que d’autres émettent une marge de réserve surtout lorsque la grande alliance du Benno Bokk Yaakaar, au lendemain du dernier scrutin présidentiel se résolut de se partager le pouvoir selon des proportions qui considèrent l’apport politique des uns et des autres dans la mise en œuvre de cette coalition. Le Président n’a peut être pas compris que le pouvoir à l’instar de la femme ne se partage pas.

de l’espoir à l’inquiétude pour 2019

A mon avis, c’est dans les soubassements de cette alliance politique traduisant un manque de courage ou encore de vision, que tous les péchés de ce régime trouveraient soubassements. Nous savons tous que le pays avait été plongé dans un long feuilleton juridico- politique qui ouvre la chasse aux sorcières de 2012 à 2014 sous prétexte de recouvrer des deniers publics enfouis je ne sais dans quels paradis fiscaux par les dignitaires de l’ancien régime qui, du reste, ont certainement abusé de la confiance des sénégalais.

Le désenchantement fut rapidement occasionné par cette façon d’installer la bastille au sommet de l’État, ce qui va entraîner un retour de bâton, à fortiori dans la nébuleuse libération de Karim WADE, qui dans une République normale, sortirait de Rebeuss tout allongé sur un cercueil politique. Que dire de la transhumance bénite et légitimée par le Président de la République, ces mœurs politiques enfoncées dans la boue et le gouffre ? L’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar aussi a suscité moult interrogations et a fait coulé beaucoup d’eau sur les ponts par rapport à la supposée entreprise de destruction d’un adversaire politique.

Face à ce lot d’inquiétudes qui sanctionne le cogito du sénégalais lambda, l’APR s’organise autour de celui qu’il considère comme un monarque, en une véritable armée mexicaine, des lycaons qui, à tout bout de champ, déchargent leur bile sur des sénégalais inquiets devant le scénario d’une justice ligotée, d’une économie hypothéquée au profit des firmes étrangères mais, tristement, d’une administration fortement ethnicisée. Pourtant que d’espoirs annihilés de la même façon et par une même élite comme si nous étions dans une forme de spirale politique, sous un soleil des tropiques qui génère encore un lot de malédictions.

N’est-ce pas la vitesse de cette spirale génératrice de vertiges qui aurait perdu Abdoulaye WADE ? N’est- elle pas en train de guetter Macky SALL?

La seule question qui vaille ici est de se demander qui et à quand le prototype d’homme politique compétent à nous guérir de ce syndrome chronique, tristement maléfique.


Auteur : Professeur Djiby Faye

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