Pauvres Malades !


  • Au Sénégal, les 35 hôpitaux ne couvrent que le tiers de la population, soit 5 millions de personnes
  • 15 mois d’arriérés de salaire pour bon nombre de structures sanitaires selon la CNTSS 
  • Dakar et Thiès mobilisent la moitié du personnel médical

Une bien triste célébration comme Journée Internationale. Un moment de pensées envers ceux dont les maux ne peuvent souffrir une attente interminable.

Au Sénégal, c’est autant un système sanitaire que ses visiteurs dont l’état est déliquescent. « Cela devait vous paraître louche qu’aucun hôpital n’ouvre ses portes à la Presse si ce n’est pour une inauguration, bien encadrée, de nouveaux locaux » disait un syndicaliste sur un plateau de télévision.

Le panorama y est triste, le climat très (trop) souvent glacial car au-delà des blessures physiques, les déprimantes méthodes d’accueil et et de communication restent un défaut ancré qui ne fait qu’augmenter la réticence des populations à se diriger vers les hôpitaux en dehors des cas d’urgence. À l’extérieur, c’est à un spectacle d’un vrai asile psychiatrique à ciel ouvert auquel on a droit, fait de malades mentaux laissés à eux-mêmes par l’Etat et leur société, exposés à froids, vent, soleil, poussière et …nouvelles maladies.

La couverture médicale universelle ainsi que la revitalisation du Plan Sésame, politiques sanitaires de quasi-gratuité des soins à priori intelligentes, devenues grands arguments de campagne avant leur accomplissement, sont plombées par les lourdes dettes de l’Etat envers les établissements hospitaliers : « 15 mois d’arriérés » pour bon nombre de structures sanitaires selon le syndicaliste de la CNTSS Cheikh Seck. Ce même type de retard dans le décaissement qui décourage les entreprises privées dans tous domaines à s’immiscer dans les marchés de l’Etat.

Un personnel concentré à Dakar et Thiès … Et pour l’hinterland ???

Au final, quitte à faire preuve d’une grande négligence médicale, c’est aux patients et à leur famille que revient la tâche de payer au préalable les lourdes charges afin de permettre le fonctionnement pérenne des Etablissements ou d’être victime de défaut d’assistance « motivé » par des difficultés financières. Si comme a alerté Guy Marius Sagna, activiste et agent de santé : « L’OMS recommande un (01) hôpital pour 150.000 habitants. » alors que les 35 hôpitaux sénégalais ne couvrent que le tiers des sénégalais au moment où les priorités sont fixées ailleurs que dans le bien-être social des populations, il y a lieu de s’alarmer comme c’est le cas depuis des années de sénégalais de l’intérieur du Pays obligées de braver des kilomètres en charrette ou guimbarde pour espérer être soigné. Cherchez les priorités.

Tous les besoins médicaux du reste, « 5.250.000 habitants sur les 15 millions d’habitants que compte notre pays », ne sont que « surcharge » amoindrie uniquement par la ténacité d’une partie d’un personnel médical à bout de souffle et souvent démotivé vu les revendications régulières soumises à leur tutelle. Si l’on se fie aux statistiques de Mai 2015, chez les médecins, la région de Dakar à elle seule regroupe 71% des effectifs contre 11% pour la région de Thiès au moment où les 12 autres régions se partagent les 29% restant.

Pour ce qui est du personnel paramédical, composé des techniciens supérieurs en Santé à savoir les infirmiers et les sages-femmes, soit 56,1%, il est concentré dans les seules régions de Dakar et Thiès contre 43,9% pour les douze autres régions du Sénégal. Que dire du manque criard de médecins spécialisés dans des domaines telles que la cardiologie, gynécologie, cancérologie ?

« Ni chirurgien, ni pédiatre, ni anesthésiste ni gynécologue à l’hôpital régional de Tambacounda » me dit-on ! On n’est pas encore sorti de l’aub’ … oups, du Centre de santé ! Tout pousse au désamour entre malades et acteurs, des lits insuffisants aux rendez-vous décalés, des réorientations vers d’autres services aux mornes accueils qui rendent délétères les relations entre personnel médical et populations.

Malgré tout, s’il y a bien des travailleurs à saluer, il s’agit bien de la majorité de ces travailleurs de la santé dévoués corps et âme à leur métier, rechignant à ouvrir ou travailler en parallèle dans une des multiples cliniques et cabinets de Dakar pour y orienter, subtilement, les patients désemparés d’un Grand Docteur Malade qu’est le Système sanitaire Public sénégalais.

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