Dakar, salle de ses enfants !


Hier tard dans la soirée, en me promenant dans les rues de Dakar, j’ai vu des jeunes et des vieux, des enfants et des adultes, des hommes et des femmes errer en cette période de froid. La mise légère, la démarche lente, l’allure triste.

L’ami avec qui j’étais me fit la remarque que cette populace existe partout, même dans les pays développés. On les appelle clochards, SDF, sans abris, enfants de la rue etc. Comme si cela était « normal », que dans une société, il doive forcément exister des gens laissés pour compte. Je lui ai rétorqué alors que je ne croyais pas du tout à ces ratios sociologiques et que ce n’est sûrement pas des gens à la cravate bien nouée et aux formules savantes qui me feront croire que c’est un phénomène social complexe avec des dimensions économiques, politiques, morales et affectives et j’en passe.

Ce qui est vrai, c’est qu’ils vivent très difficilement. Ils n’ont pas de revenu fixe, ne mangent pas à leur faim, ne se couvrent pas correctement et n’ont pas de toit. En fait, ils ne vivent pas, ils survivent. Ils représentent cette facette de notre société que nous n’aimons pas.

Nous en sommes tous responsables. Nous les avons mis dans cette situation, c’est nous qui leur avions fait croire qu’ils ne font plus partie de nous, c’est nous qui leur avions demandé de s’identifier à un autre groupe social. Nous les avions enfanté, donc c’est notre responsabilité de les entretenir. Aucune excuse n’est valable, s’ils ont perdu leurs parents ; la société, représentée par l’Etat, devient les leurs.

Un regard figé …. Une mine abattue !

George Herbert Mead nous avait appris que « la conscience individuelle est une conséquence de l’implication de l’individu dans la société. Les interactions sociales, avec leur charge symbolique, produisent les représentations du monde qui habitent l’individu. Cette représentation, si elle est négative, peut avoir des répercussions sur toute la vie ».

Ces gens vivent un profond mal être. Ils souffrent lorsqu’ils tentent de reconstituer leur trajectoire de vie et de trouver des réponses à certaines questions existentielles. Dans leur processus de socialisation ou parfois de désocialisation, c’est souvent avec un cœur meurtri qu’ils remettent en cause leur identité personnelle, qu’ils renient l’image de l’environnement dans lequel leur identité s’est construite. Et nous, nous remuons le couteau dans la plaie en les marginalisant avec notre regard condescendant, notre attitude hautaine.

Les pouvoirs publics n’ont pas encore trouvé de politiques efficaces pour cette catégorie de la population. Ce dossier change souvent de ministères : habitat, santé, famille etc. Parfois des mesures sont prises, mais leur application ne dure que durant la période de l’annonce.

De bonnes volontés essayent tant bien que mal de les aider avec des moyens matériels notamment les associations caritatives mais tant que les racines du mal ne sont pas percées, le problème demeurera. Leur survie repose essentiellement sur le don et non l’échange. Ils ne peuvent généralement pas payer ce qu’ils reçoivent par manque de ressources. Leurs relations avec les autres échappent donc au principe de l’échange économique dont l’essence est la réciprocité. Cette rupture conjoncturelle est prompte à rendre difficile toute relation, simplement.

L’Etat gagnerait à les récupérer, c’est une population potentiellement dangereuse si elle n’est pas gérée, car pouvant très facilement verser dans la délinquance et même pire. Nous devons les récupérer, ils sont notre famille. La pauvreté extrême, la déchéance physique et le sentiment d’échec ne doivent en aucun cas pousser les parents à démissionner de l’éducation de leurs enfants.

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