Migrants, mourez en Libye et pas sur nos côtes !


  • Près de 500.000 ont tenté la traversée de la Méditerranée ces trois dernières années ; plus de 10 000 y ont laissé leur vie. Cinq cent mille autres sont en territoire libyen
  • Les autorités européennes se sont félicitées récemment de la réduction de migrants ayant traversé la Méditerranée pour débarquer sur leurs côtes cette année
  • Sauf que ce qu’elles oublient de mentionner c’est que cette collaboration désastreuse avec les autorités de ce pays est source de conséquences tout autant catastrophiques pour les migrants coincés en Libye

A l’orée de cette Journée dédiée aux migrants et aux réfugiés il sied de s’offusquer de la réjouissance des entités européennes par rapport à leur gestion de cette question.

Récemment, plusieurs médias occidentaux se félicitaient des chiffres amoindris de la traversée méditerranéenne vers le Vieux Continent, la plupart des volontaires à cette aventure étant issus des pays africains via la Libye. « La crise des Migrants n’a finalement pas eu lieu » titrait un grand Journal français.

A l’appui, des statistiques sur le nombre d’arrivées en Europe via la Méditerranée et les côtes italiennes qui visiblement donnent un résultat positif, numériquement parlant, aux politiques de sévérité et de collaboration adoptées pour juguler le fléau. Des solutions radicales de délégation de cette tâche périlleuse de contenir l’afflux ayant pris le pas sur les premières réflexions tendant à régler le mal (pauvreté, désœuvrement, chômage, conflits…) à la racine qui n’ont finalement pas fait long feu.

« Le nombre d’arrivées de migrants ayant traversé la Méditerranée pour rejoindre l’UE a été divisé par deux en 2017 par rapport à 2016 et par cinq par rapport à 2015. La « crise » est terminée. A-t-elle jamais eu lieu ? » rajoutait donc un site d’informations ! De quoi rassurer une certaine frange de l’opinion publique européenne hostile à l’accueil de « toute la misère du Monde ».

Sauf que, ce qui aura sonné comme une réussite pour certains cache un gros désastre dans les pays africains et notamment dans le pays de transit par excellence : la Libye. En termes plus simples, on peut résumer l’attitude des dirigeants européens et notamment italiens ainsi : les Migrants on n’en veut pas sur nos côtes, alors gardez-les pour vous, à tout prix ! ».

des camps à ciel ouvert .. une traite inhumaine

Une politique de collusion avec les autorités libyennes, bien relevée par Amnesty International, qui a eu les résultats escomptés : le nombre d’arrivées en Italie a chuté de 67 % sur la période allant de juillet à novembre 2017 par rapport à la même période de l’année précédente et le nombre de décès en mer a connu une baisse comparable. » Salutaire à première vue me direz-vous !

Toutefois, cette stratégie a finalement remplacé le mal par le mal comme ont pu en témoigner les migrants revenus ou tragiquement restés dans l’enfer libyen car il est notoire que la garantie de protection des droits fondamentaux, passés sous silence par les négociateurs totalement au fait de la réalité chaotique en Libye, n’était absolument pas prise en compte : « Les responsables européens et italiens ne peuvent pas affirmer de manière crédible qu’ils n’étaient pas au courant des graves violations commises par certains des agents en charge de la détention et des garde-côtes avec qui ils coopèrent si assidûment. […] Ils sont donc complices de ces violences et ne respectent pas leurs propres obligations relatives aux droits humains. » comme il ressort du rapport (Amnesty International) qui ne peut souffrir de contestations.

Près de 500.000 ont tenté la traversée de la Méditerranée ces trois dernières années ; plus de 10.000 y ont laissé leur vie. Cinq cent mille autres, peut-être plus, sont actuellement bloqués en Libye selon l’ONG de lutte pour les droits de l’homme, « 400 à 700 mille africains » estimait Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’Union africaine récemment, pour une quarantaine de camps « de concentration » réguliers recensés sur le territoire libyen. Ce chiffre ne prend pas en compte toutes les simples maisons transformées par des bandes armées en de véritables espaces de kidnapping, de torture et d’extorsion pour migrants désœuvrés.

combien ont péri sous le silence de la Méditerranée

Car cette migration est devenue une véritable ressource pour les autorités libyennes qui réclament toujours plus de fonds importants afin de retenir et décourager tous ceux qui tenteraient la traversée ainsi que les milices tenant eux-aussi à avoir leur part du gâteau car il faut savoir que les interlocuteurs armés sont pluriels dans un « Etat » totalement déstructuré par la guerre.

Les conséquences sont désastreuses : traitements inhumains et cruels, sévices de toutes sortes et enfin trafic d’humains, « esclavage » comme ont pensé le découvrir nombre de personnes avec cette vidéo de la Journaliste de la CNN d’une vente aux enchères qui n’est pas véritablement singulière depuis plusieurs années dans le pays.

Rien ne sert donc, chers politiques occidentaux, de se donner bonne conscience et de minimiser le drame qui, je me dois de rappeler à nous autres africains pour réveiller une indignation épisodique, dure toujours sous notre silence en attendant la prise de responsabilité des entités africaines elles-mêmes qui d’ailleurs n’ont pas été prises en compte dans la formulation des politiques catastrophiques dénoncées plus haut.

Précédent Du massage à la passe
Suivant 7 leçons à retenir de Cheikh Sidy Mokhtar

Pas de commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *