Politique sénégalaise : Sommes-nous machiavéliques ?


Lorsque le Sénégal accède à son indépendance en 1960, c’est un système politique inspiré de celui de la France qui est mis en place avec un Président du Conseil de la République (Mamadou Dia) qui a d’importants rôles et un Président de la République (Léopold Sédar Senghor) aux pouvoirs limités.

L’opposition de Dia contre ceux qu’il appelait les « sociétés indigènes de prévoyance » et la proximité de Senghor avec les occidentaux ont notamment conduit à la crise de 1963 par laquelle Dia fut emprisonné pour « tentative de coup d’Etat ». Suite à un référendum, une nouvelle constitution hyper présidentialiste fut adoptée par Senghor qui soumet, par la même occasion, le pouvoir judiciaire et celui législatif au contrôle exclusif du Président de la République qu’il était. Bobou laniou dé !

Depuis, les hommes politiques se relaient au pouvoir, se remplissent les poches, créent quelques milliardaires partisans et peu méritant mais travaillent surtout pour les intérêts des occidentaux alors que le Sénégal sombre de plus en plus dans la pauvreté. Faut voir aujourd’hui à quel point notre économie est dominée par des forces étrangères.

En analysant l’équilibre des pouvoirs et sans aucune volonté de dédouaner le maire de Dakar, l’affaire Khalifa Sall, dernier scandale politico-judiciaire, a au moins fini de montrer que nous avons une justice sélective. Où est passé le rapport de l’OFNAC ? Que sont devenus ces pontes du pouvoir épinglés par ledit rapport ? Motus et bouche cousue.

Faites un tour à l’hémicycle pour constater le niveau des débats ou suivez le passage des ministres devant les « représentants du peuple » pour vous rendre compte de combien ils « représentent le Président ». C’est juste pathétique !

Le bâton se retourne souvent vers son maître (23 juin 2012)

Sommes-nous devenus machiavéliques ?

Cela en a tout l’air. Emile disait qu’ « Il faut étudier la société par les hommes, et les hommes par la société : ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront jamais rien à aucune des deux». Cette recommandation montre qu’on devrait pouvoir faire avec la « real politique », comme dit mon professeur Djitté, sans pour autant perdre une certaine exigence éthique, socle d’une autre conception, à la fois idéaliste et fondatrice de toute perspective républicaine, qu’est d’envisager les hommes non plus tels qu’ils sont mais tels qu’ils pourraient être.

L’esprit universel des lois ne serait donc plus, alors, « de favoriser toujours le fort contre le faible, et celui qui a contre celui qui n’a rien …» mais de montrer que « tous les hommes portent à peu près le même masque, même s’il y a des visages plus beaux que le masque qui les couvre ». « Bala ngay solal mboubou sa morom, natt ko ci sa bopp ba paré ». Si cette morale était appliquée, la mère de Khalifa ne prierait pas pour que « Macky aille en prison » mais aussi la grand-mère de ce dernier ne répondrait pas en demandant que « yéné ji keup ci kawam ».

Nous n’aurions jamais dû en arriver là si nous avions pris notre propre chemin : celui tracé par nos religions et favorisant l’éducation devant l’ignorance, celui définissant le travail comme socle de toute réussite tout en bannissant le « door marteau », celui où la volonté de bien faire les choses, du sens de l’intégrité et de la justice sociale constituent le soubassement de tout engagement politique.

Wathi lén gnou té Yalla takh !

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