St Waly Tine : Diiné ak Diamono


Ceux qui font fureur dans les boites de nuit se reconvertissent en taalibé ou mbokou diiné pendant une soirée

Un nouveau jour s’annonce. Vendredi, jour saint, jour des pieux. La tenue traditionnelle refait surface. C’est un carnaval que j’aime tant puisque seuls les sénégalais y tiennent autant à ces belles tenues qui rappellent qu’on est le jour de la piété.
C’est un grand jour pour moi aussi. Ce sera la première fois que je vais chercher une fille chez elle avec l’accord de son papa. Je suis tout bizarre en pensant que je serai un Roméo et Sophie ma tendre Juliette hijabée (Rires).
Comme tous les autres jours, je trouve une tonne de choses à traiter au bureau. Une chose d’inhabituelle se passe sans que je ne m’en rende compte. Eveline. Elle est devenue si docile que mo raww sama kharrou yarrou Maam Djiby. Ce mouton si calme et paresseux qu’on dirait un Ksar du XVe siècle. Mais tant mieux. Ouppou baxna si lakh bou tangg !
A peine installé je prends mon téléphone pour appeler Moussa, lui et Jean, sont mes best friends. Ces parisiens là rékk. Souviens-toi !
  • Wa fils alors nakkamou ?
  • Yeah boy sant nakkala ? Fo réére je t’appelle do wouyou koi …
  • Non saway défale nankeu rékk fane yi sama adouna mo toukki té amougouma visa (rires)
  • Mooh fils néle kééye amatinga khaley bou bééss rékk motakh dégounioula. SAnk lala Jean di lathiéé …
  • Mom dinako woo after. Mais sooye dém diouma diaarr fii niou andeu !
  • Founiouye andeu ?
  • Way founioudoule andeu foudoule diooumaa !!?
  • Hhahahaha wouyaye … khana danga amaty blem beuga baabe God… ??
  • Fils soye dém diarefi rékk danga coon koi …
  • Wa ok vers 13h komsa niou dém agni resto après dém dioulii diouma. Ça te va ?
  • Ok nice ! Si kaname
  • Jajeuf !!

Jumaah mubarak momm si réseaux sociaux yi lay yamm, naniouye diouli djiii !!!!
Quand Moussa a raccroché, je me suis senti gêné. Il a eu raison d’être étonné car ce côté spirituel qu’il a me manque autant. Il peut faire la fête avec nous, aller jouer au foot, avoir des copines etc mais il reste le plus pieux de tous. Moi je ne veux pas associer mes vices à la piété. C’est incompatible à mon avis.
Après des heures passées à éplucher des projets de gros clients, on m’annonce une visite. Je me demande qui cela peut bien être. C’est Tata Diatou. Cheuuteuteuteuuu !
Elle arrive direct dans mon bureau sans attendre qu’on l’introduise. Normal elle se dit qu’elle est dans le top10 de nos meilleurs clients aux comptes en chapelet de zéro et qu’ensuite je suis son petit chéri, son petit prince.
Comme toujours j’aperçois un sachet cartonné griffé d’une marque célèbre dans la main. Un échange de fanions allait avoir lieu tel un match Barça-Juventus. Après un échange de bises qu’elle me force à faire tout le temps, je l’installe dans le salon du bureau.
  • Comment tu vas Prince ?
  • Wa Diatou je vais bien. Tu es rentrée quand est-ce ?
  • Hier nuit. J’étais fatiguée motakh wowumala … D’ailleurs tu ne me répondais pas quand je t’appelé depuis la Chine !
  • Non j’ai pas reconnu le numéro c’est juste cela !
  • Huumm, tu prends tes distances je vois …
  • Non en quoi… même pas !
  • Ame sa seurithiaaa …

Tata Diatou connait mes goûts, elle est la seule à me faire ces cadeaux
Pffff … Elle me met mal à l’aise toujours avec ses cadeaux. Elle connait mes péchés mignons : parfums, montres, chaussures casual. Cette fois ci c’est une eau de toilette Hugo Boss et une eau de parfum Blue de Chanel, la préférée de mon ami Aladji Abdoul Ahad Sam’s.
Elle me fait savoir qu’elle aimerait sentir ces fragrances sur moi. Vraiment, ndaw sii moma gnimmé rek. Elle mise le tout sur sa plastique bien refaite qui lui donnerait 15 ans de moins. Je voulais qu’elle me parle de son business mais elle ne se faisait pas distraire. Avance sur avance, elle me prend pour un gigolo.
Heureusement imam Moussa venait d’arriver à l’heure pile poil comme si j’étais son muezzin et il m’extirpe des griffes de cette reine de la tentation.
Je lui demande de remettre à plus tard notre discussion puisque je dois aller à la mosquée. Elle n’aura aucune réponse face à cette obligation divine. L’alibi divin marche toujours chez les croyants. Je suis sauvé. Thiéééy diiné !
Moussa restait ébahi quand je lui racontais mes péripéties des derniers jours avec Coumba. Celle qui l’a impressionné c’est Sophie. Il me balance à la figure : danga ame chance té khamoko, Sophie dé soumalako nieukoone xam yay andak sama kilifa dém niaani dji. Dééle khouléé bamou romb la nakk …
Là je comprenais que son éducation, sa piété, sa famille et tout le reste faisait d’elle une fée. Mais elle restait cela pour moi. Je ne sens pas un simili de passion, de flamme, de chaleur. Thiopatiwoule sama seytanéé daale en résumé. Coumba rékk mokoni thiasss daww akk momm niounikoo fo dieume mounii guéééthie (péér bou xarr Voice) …. Je ne peux pas expliquer cette situation !

Coumba, femme fatale … sama satan .. sama pathial pathial !
Les heures passèrent vite, tellement vite que si j’avais une machine à stopper le temps je l’aurai fait. Je semblais être le poil dans la soupe si jamais je pose le pied au Grand Théâtre qui sera le théâtre de la spiritualité. Ce qui n’est pas de coutume.
Arrivé chez moi vers 17h, j’ai juste le temps pour un petit somme d’une heure et demi avant de prendre la grande toilette. Diiné impose. Après c’est le boubou traditionnel qui me pose problème. Je ne voudrais pas passer pour un ndaanane. Non, je dois être discret. Un joli Obosanjo m’ira bien.
A 20h moins je débarque en voiture devant chez Sophie. D’habitude les femmes ont une horloge différente de la nôtre je pense. Elles sont toujours en retard. Je l’appelle pour qu’elle sorte et contre toute attente, elle m’invite à l’attendre dans leur salon. C’est plus respectueux disait-elle.

Aywwaaye, koula makillass koula thiapp thiapaale … tokeu naa
Quand j’ai sonné c’est elle qui m’a ouvert la porte. Bien élégante, Sophie me paraissait très belle. Oui, avec ce make-up très soft je pouvais observer les traits fins de son visage contrairement aux simb gaïndé que l’on rencontre dans Ndakaru Ndiaaye.
Son papa était confortablement assis à côté de Maman Ami qui effleurait la fine chevelure du vieux allongé sur le divan et s’adossant sur sa généreuse dame. Il ne manquait que le Xalam ou le Ngoyane de Médina Sabah. Agghhh, nous les jeunes nous sommes toubabisés, mais les délices de la dionguélogie sénégalaise sont si simples et symboliques.
Après les salutations, Sophie prenait son sac à mains et nous voilà partis. Premier réflexe dans la voiture, je change la clef USB Diamono pour mettre cette avec les chansons religieuses toutes confréries confondues. Diiné moko laathie.
Sophie avait le sourire aux lèvres et sa beauté devenait de plus en plus béante à mes yeux. C’est comme si un halo faisait rayonner son fin visage enturbanné par ce voile soyeux. Boudone Serigne mani barrina léérr té taarou. Diébeulou lay déff !!!!

Grand Théâtre ya meuné dieune meuné yapp …. diiné ak diamono
Une demi-heure de route et nous atterrissons à la petite Mecque de la capitale. Tout le monde ou presque était vêtu de boubous traditionnels. Heureusement que nous avions des billets VIP donc une petite queue devait nous mener dans l’immense balcon de la salle.
J’apercevais de loin quelque visage familier. Je me disais dans ma tête : Nooon mais kii dou diwww … laa ilaa ! Comme le dit bien l’adage : la nuit tous les chats sont gris. Ceux qui font fureur dans les boites de nuit se reconvertissent en taalibé ou mbokou diiné pendant une soirée.
Sophie avait hâte qu’on rentre et prendre place attendant l’entrée spectaculaire de son Ouztaz la qui a la manie de faire transcender son public. D’ailleurs j’aimerai bien comprendre pourquoi les gens tombent en transe ? Quand j’ai posé la question à Sophie, elle me disait louniouye yeugg laSa réponse a juste suscité en moi plus de questionnements. Elle conclut : bayile bamou dale la dinga comprendre. Je lui répondais par un fou rire. Je m’imagine en train de me rouler par terre ou cogner ma tête sur le mur ou de pleurer comme un enfant inconsolable (Rires).

La purée est religieuse …. la bonté est humaine
En attendant la levée du rideau, les palabres allaient bon train. Une chose me semblait anormale. Comment les hommes et les femmes peuvent s’asseoir pêle-mêle et côte à côte ? Est-ce que li diiné la wala ? Sophie me disait que seule l’intention compte et personne n’est là pour prêter attention à personne. Mon œil d’homme lui me disait autre chose.
Je remarquais certains gars qui mataient les belles corpulences contenues dans de jolies tailles basses même si le voile donnait une touche de sainteté à leurs parades. Je me disais que c’était assez normal. Ils partagent les mêmes goûts, les mêmes centres d’intérêt. Sauf que diiné ak diamono sont-ils compatibles ?
A l’arrivée du grand Ouztaz, toute la salle s’enflammait. Je n’avais pas revu une telle liesse depuis belle lurette. Je me croyais en plein Camp Nou après un but de Messi.

Niou meune wakhtaane té meuna diangaalé … les Rois du Grand Théâtre
Par moment les ola et applaudissements m’emportaient et je ressentais des frissons. Avec son humour, le prêcheur cassait le fil de concentration du public qui éclatait de rire et par moment il faisait tomber la salle entière dans un émoi indescriptible.
Au fil de la soirée, je me sentais à l’aise. Des fois, Sophie me parlait pour mieux m’intégrer dans son monde. C’était plaisant. En la voyant émue, concentrée et dans son élément, je ne regrettais pas le fait de l’avoir accompagné. Je découvre une fille douce, qui tient à sa religion. Une femme modèle pour une éducation religieuse à ses enfants. Mais est-ce-que seulement l’aspect religieux faisait d’elle une femme irréprochable ? Allahu Ahlam ….
Il faisait bientôt minuit quand la soirée religieuse touchait à sa fin. Les visages des gens restaient rayonnants après 3h de causeries et chants religieux. C’était carrément différent des soirées Reumbeuh deukhine dans lesquelles tu ressors épuisé et tout en sueur.

Mangui lay niaane sunu Borom nga diégalema .. amine
J’ai eu une sensation nouvelle, épurée avec cette soirée passée avec Sophie. Elle me semble être une sainte.
Un peu soulagé après cette soirée de desintox des péchés, je sentais néanmoins ce démon pécheur en moi.
Puisse Dieu me pardonner !
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Auteur : —–§§ Serigne Cheikh Djitté §§—– La Tribune 221 CHeikh Al Muntaqa Saalih
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