St Waly Tine : Chemins croisés


« Makk dou thiakhane borom bidiaw dou foo »

Pris au piège ou victime d’une hospitalité ? C’est la question que je me posais en réalisant que j’étais chez Sophie alors que rien n’est encore ficelé et officiel entre nous deux. J’ai l’impression qu’un rouleau compresseur va m’aplatir comme du bitume neuf.
Le Papa de Sophie faisait son entrée triomphale, tel un commandant qui avait gagné une guerre en rentrant dans son domicile avec toute la fatigue du monde sur ses épaules. Maman Ami l’accueille comme une bonne femme de chez nous. Un rare geste que nous jeunes mettions en mode « has been ». Elle lui prend son cartable et l’invite à nous rejoindre au salon pour se désaltérer.
Pendant qu’il avançait vers nous, mon adrénaline montait comme le turbo d’un bolide sur les routes américaines. J’étais le seul à entendre les vromm vromm des battements de mon cœur.
2 mètres nous séparaient quand je me levais et le saluais avec les 2 mains.
  • – Nanga déff jeune homme ! Comment tu vas ?
  • – Ça va bien Tonton ! Mangui si diam …

Boy fite binga ame baaye dogalé Paa bi warone naako ame ! Paa bi dou ay thiakhaane !
Entre la poignée de mains respectueuse et son regard perçant, je cherchais un refuge chez Sophie qui à peine pouvait saluer le vieux parce que prise de honte ou de peur peut être ? C’est Maman Ami qui faisait les bons auspices.
  • – Aladji, c’est notre voisin Waly. Khaley bou yarrou té bakh, kharitou Sophie laa !
  • – Ah d’accord. C’est bien. Nakka yité yi Waly. Nakka sawa keur ?
Là, c’était la question piège que je n’ai pas évitée. Pris de peur, point de place à l’imagination.
  • – Waw niongui keurty keurty. Mes parents vont bien, niom gningui Dakar aussi wayé mane rék ma deuk fi.
  • – Ah ok … khana yaggo si kogne bi ?
  • – Pourtant si, déff naafi 3 ans !
  • – Damala khamé woule si khaléy yi …
  • – Aladji, Waly mi dou guéneu danaka, kou ame yarr la (Maman Ami)
Maman Ami me sauve de cet interrogatoire digne du FBI. Pendant que le vieux se retournait vers Sophie pour la saluer de nouveau et s’enquérir de sa journée, je recevais un coup de fil. Coumba ! Chiiii ce n’est surtout pas le bon moment. Je mettais le téléphone en mode silencieux. Un regard furtif de Sophie me disait « range cet appareil et conduis toi bien ».

Maman Ami fait partie de cette génération .Diongué bou andak pudeur … wouték téye !
Sophie disait à son père qu’elle comptait aller à la soirée religieuse au Grand Théâtre et que j’étais venu pour avoir la permission de venir la chercher et l’accompagner. Waaye ki meunoule féneu ? Nous n’avons rien convenu bien avant.
Le vieux se tourna vers moi. Il ne pipa mot. J’ai compris qu’il attendait que je le dise de ma propre bouche.
  • – Huuum waw Tonton, danioussi beugone andeu soniou bayé !
  • – Ni mo guene, ma xam kiye andak sama thiaateu bi !
  • – Ok merci Tonton.
Ce vieux est d’une diplomatie et d’une sagesse remarquables. Il venait de me faire savoir qu’il a découvert le visage de son pré-beau fils. C’est le genre de preneur d’otage encagoulé qui te dit « j’ai vu ton visage et je connais où tu habites ». Ensuite en disant « sama thiaateu bi », il me faisait savoir que Sophie était la prunelle de ses yeux. Dans quelle merde me suis-je engouffré ????
Je demandais à disposer puisqu’il commençait à faire tard. Le daron demandait à Sophie de me raccompagner. Maman Ami, sama mèèr bi, me balançait un « boulefi gueuthie Waly ». Elle m’aime bien la maman. En marchant avec Sophie vers la sortie, je sentais le regard du vieux comme un viseur de sniper verrouillé sur sa cible.

huumm, liye khéégne nékhouma dé ! Sophie mii daff ma beuga kambale !
Le vieux nous apercevait toujours depuis le salon. Je devais faire une dernière bonne impression et je demandais à ma hijabée de s’arrêter à la porte et que je reviendrai demain la prendre vers 20h.
C’est un grand ouffff de soulagement qui s’expulsait de mes poumons quand j’ai posé les pieds dehors. Des sueurs froides coulaient de mon front. Chiiii samay §%%§/ tangue naniou téy !!
Quelques pas m’ont suffi pour que j’arrive devant mon appartement. Je ne savais plus où j’ai mis les clefs. Elles étaient dans le salon de chez Sophie. Puuréeee !!! Quelle poisse m’a piqué ? Dama niékeu gniguééne …
Je l’appelle pour lui dire de me les garder je ne pouvais pas revenir les prendre.
  • – Wa kone noye déff ba dougg sa keur ??
  • – Non tkt amena double bi sama auto.
  • – Ah heureusement ! Boy nékétéé tapette deugg nga (Rires)
  • – Lolou dou wakhou téy ba soubba (Rires)
  • – Ok inchAllah !
  • – Ciao !

Un courant spécial passe à travers cet appel ! Est-ce commencer wouma feel boy bi sakh ??
Je récupère l’autre porte-clefs dans la boite à gants de ma voiture et me voilà sauvé d’une honte avortée. Heureusement que les voitures nouvelle génération ont des cartes aussi. A part les khaley cartes GAB, il y a aussi des khaley cartes Auto.
Mon propre appartement était devenu comme un refuge pour un évadé. Tout était redevenu grand et spacieux pour moi tellement j’étais à l’étroit chez Sophie en présence du vieux.
Je rappelle Coumba qui m’avait auparavant sonné en pleine confrontation amicale chez les voisins. Elle aussi ne me facilite pas la chose. Coumba dale amena louko dale dama yaakar ! Elle insiste pour passer me voir, qu’elle a besoin de me parler. Je lui disais qu’il faisait tard et que j’avais passé une dure journée. Thieey adouna mo gouddou tank … moi qui rêvais toujours de la voir se promener pieds nus dans mon salon telle une gazelle du sahel.
Depuis ma chambre, le ding dong retentit faiblement. C’est d’habitude la façon de sonner des gens qui ne savent pas si réellement ils sont à la bonne adresse.

Coumba …. manila damay nélaw ngay nieuw dima wakh say problèmes .. danioula wakh ni PSYCHOLOGUE laa ??
J’ouvre à peine et je tombe sur la face de Coumba. Noon ki nakk deumm la, téy lassi xam dara. Elle se jette sur moi et s’enlace autour de ma large poitrine. Et là mon téléphone vibre comme un perceur sur le lit. Ouuffff thiiéééye Yalla. Alhamdoulilah. C’était un nouveau cauchemar. Ki sonale nama ….. !!
Après une nuit courte, je me réveille plus tôt que d’habitude. Arrivant 1h avant le reste de l’équipe à l’agence, je profitais du calme pour étudier les mouvements des grands comptes de notre vaisseau spatial VIP.
A 9h pile mon calendar me rappelle une réunion avec un certain Mr Diouf. Il a un dossier bien fourni avec plusieurs commerces à son actif dans le pays. Ce sera un bon client j’en suis sûr. Je prépare tous les arguments et surtout mon argumentaire de bon conseiller financier pour l’assister en freelance dans son business, un petit “kharr matt”.
Une demi-heure plus tard un vieux au grand boubou tout rayonnant de blancheur est accompagné dans mon bureau par Evelyne qui s’est beaucoup assagie depuis son récent problème.

Conscience VS Jalousie
Incroyable ! Ce n’est pas possible … Adouna mo gouddou tankk …
Je l’accueille et l’installe dans le salon de mon bureau. L’échange se fait très jovialement. Le cousinage à plaisanterie, cette prouesse culturelle, brise les préjugés et barrières entre Mr Tine et Mr Diouf.
J’affichais un sourire jaune. Je semble rêver toujours. Devinez qui est cet homme aux cheveux sel et poivre ? Le commerçant dont je vous parlais qui courrait derrière Coumba. Et oui c’est Tonton Kader. J’avais une fois vu sa photo dans le téléphone de Coumba. Je voulais me comporter en vrai professionnel, en vrai chef d’agence VIP qui traite ses gros clients comme des rois.
Subitement, une colère amère me rongeait au fond de moi. J’écoutais Mr Diouf mais je voyais en face de moi un chaud lapin qui courrait derrière des filles qui pouvaient être de sa progéniture. Ce vieux me semblait trop faux. Je sais qu’objectivement son dossier est bon mais je ne peux pas l’accepter.

Magg you niakk fayda bayi séni diék sén keur di kalangatou boys yi. doussi dale dé !
Ce commerçant voulait un prêt-financement de plusieurs centaines de millions pour lancer une usine d’emballage. C’est un projet très rentable que j’ai déjà étudié. Mais l’ombre d’un diamalé déteignait sur mon choix. Je lui demande d’autres garanties puisque le financement demandé est très important. Je lui mets des bâtons dans les roues.
Je détruirai tout homme qui a touché à Coumba. J’en fais le sermon. Seule la vengeance pouvait apaiser cette ire. Tonton Kader mom dotouko défaty ! Qui veut l’atteindre passera par son business. A le voir parler je sens que pour de l’argent il hypothèquerait ses yeux en format fish-eyes qui ont l’impression de sortir de ses lunettes loupes.
En sortant de mon bureau, son enthousiasme avait perdu de la chaleur. Il avait un espoir déchu puisqu’il devra m’apporter de nouvelles garanties.

Tonton Kader moma eupp xaliss wayé maako diékkou téy … J’ai le pouvoir de le bloquer !
Je le raccompagne jusque devant la porte de sortie et lui remets un cadeau que j’offre d’habitude aux clients aux comptes bourrés de fric. Un petit sourire s’échappait de son visage aux longues rides.
Il fallait juste accompagner la scène avec cette belle chanson de feu Seydina Issa Laye, ce grand chanteur et contemporain des stars de Xalam 2 : « Makk dou thiakhaane borom bidiaww dou foo … Makk dou thiakhaane borom bidiaww dou foo ! »
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Auteur : —§§ Serigne Cheikh Djitté §§— La Tribune 221 CHeikh Al Muntaqa Saalih
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